L’Arbre De Vie
La fée errait depuis si
longtemps déjà dans cette magnifique forêt qui l’avait vu naître et sur
laquelle elle posa naguère son premier regard émerveillé. Pourtant ces vastes
étendues boisées lui semblait désormais presque trop familières…Baissant un
instant ses paupières, elle se laissa lentement glisser contre le tronc
accueillant de son vieux chêne.
Arbre noble, solide refuge
toujours présent et droit, ne faillant jamais à la tache pour laquelle il était
destiné : protéger la Fée vaille que
vaille de ses habiles et hautes branches qu’il déployait à volonté,
offrant un abri sur à ces graciles et frêles épaules.
Combien de fois avait elle
adopté cette posture qu’il connaissait par cœur ? Sa tendre peau de Fée
effleurant à peine son être lui apportant comme aujourd’hui un
réconfort sans nom.
Du haut de sa splendeur, le
vieux chêne dominait la forêt, parcourant de sa sagesse ses frères qui, sous
d’innommables tempêtes, avaient maintes et maintes fois plié.
Ils les avaient sermonnés,
les sommant désormais de ne plus rompre …pour elle. Tous les êtres de la forêt
se devaient, du plus petit arbrisseau à la plus grande fougère, de veiller à ce
que jamais, ô grand jamais, ne viennent un jour à couler des larmes d’humanité
sur les joues de la fée.
C’était sa vie, son devoir,
ce pour lequel il se battait jour après jour.
Toutes ces choses qu’il
sentait venant de sa Mère la Terre, lui soufflant d’être toujours présent,
vigilant pour ses semblables et surtout pour la Fée.
Sa petite protégée qui lui
semblait d’ailleurs, bien étrange ces temps ci.
Elle ne portait plus ses
longues robes de lierres qu’elle affectionnait tant.
Ces dernières pourtant, lui
avait coûté de nombreuses heures de labeurs, lui servant de subtil camouflage
quand venaient à passer des manants ou seigneurs du monde d’a coté. Les
humains, emblème de la vanité et empereurs du vice.
Plongé dans ses réflexions,
le chêne en avait presque oublié la fée qui semblait s’être endormie sur l’une
des souches de ses racines qu’il avait pris grand soin
de lui aménager. La douce aimait à s’y lover lorsque comblée et lasse
d’envolées qu’elle appréciait nocturnes, elle se laissait enfin choir dans un
soupir de satisfaction sur un coin de mousse tendrement apprêtée.
Il décida d’en avoir le cœur
net. S’était-elle évanouie dans ses rêves qu’il imaginait peuplés de collines
en fleurs et d’exquises senteurs ?
Se penchant plus en avant, il
fit, d’un coup d’un seul, piailler de déception la multitudes d’étourneaux qui
avaient élu domicile le temps d’un concerto sur ses plus hautes branches.
Il ria doucement et
s’excusant comme il se doit auprès de la gente oiseaux, il plia, courba
jusqu’à pouvoir effleurer de son plus jeune feuillage, la chevelure d’or de
C’est ainsi qu’ils
communiquaient depuis le jour de sa naissance et cela fut toujours ainsi.
Pourtant rien de tel ne se produisit aujourd’hui.
La fée n’était point
endormie, elle était juste là, assise, masquant de ses mains son visage, et
pour la première fois de sa longue existence, l’arbre, ce chêne fort et fier
pris peur.
La forêt soudainement se fit
plus discrète…l’on entendait à peine le murmure des jeunes bouleaux étourdis
qui se livraient bataille. Les piverts cessèrent leurs martèlements à la grande
joie de la renarde qui savoura ce moment, ses yeux de braises câlines rivés sur
sa progéniture.
Après s’être frayé un passage
entre les pins échevelés qui avaient bien souffert lors de la tempête, un rayon
de soleil illumina de sa clarté l’endroit où reposait
Il en fut foudroyé de
certitudes, se faisant violence afin de ne point en rester muet. Il entama un
chant, de ceux que nul homme n’aurait un jour la chance d’accomplir.
Un sermon comme le ferait un
père effrayé. Un chant de douleur adressé à la fée.
Elle écouta sans bouger, seul
le tressaillement de sa poitrine témoignait de la bataille qui se jouait à
l’instant en son cœur.
Et le chêne sut,
devinant avec peine qu’elle s’était égarée.
La fée avait changé et bien
que sous ses yeux se dessinaient des ravages, elle n’en fut que plus belle.
Son teint avait pali certes
mais rehaussait le pourpre de l’éclat de ses lèvres, qu’elle s’appétait à faire
danser pour interrompre le chêne.
Lorsqu’il entendit sa voix,
il en fut bouleversé, c’était la première fois qu’elle s’exprimait ainsi, usant
d’un pouvoir humain dont elle n’était point doté.
La fée parlait… une mélodie,
un murmure qu’il avait peine à distinguer.
Il ordonna aux pies commères
de cesser sur-le-champ leurs stupides jacasseries, les sommant d’aller vaquer à
d’autres occupations qu’il voulut moins bruyantes. Honteuses, elles ne se
firent pas prier.
Il hocha de tout son tronc et
redevint l’Immobile, fin prêt à écouter ces paroles, ces mots tant redoutés,
que prononçait la Fée.
Je l’ai vu…lui dit elle d’une voix cristalline
qu’elle voulu sereine.
Le vieux chêne s’efforça de
ne point l’interrompre
Je suis allée à la source pour m’y abreuver, ô grand
chêne et…je l’ai vu.
Elle baissa les paupières, se
sentant prise en faute, mais elle continua fixant une herbe quelconque afin de
se donner courage.
Le chêne voulant encore
croire à un maigre espoir, choisit de répondre d’une voix qui se voulut
drôle :
-Et qu’as tu donc vu la douce ? Ne serait-ce donc point l’un de ces vils
crapauds s’exerçant à l’une de ses sérénades en vue de séduire sa belle ?
Je te l’accorde volontiers,
ils attirent les regards avec leurs grosses joues gonflées à outrance…As tu
aussi remarqué ma fée, que sous ses airs de Bellérophon, ce bellâtre des étangs
n’hésiterait point à prestement quitter son nénuphar fétiche si un quelconque
danger venait à survenir ?
Cette pauvre Dame Grenouille
en serait fort outrée, lâchement abandonnée après avoir fait l’objet de tant de
convoitise, elle en …
-Je t’en
prie mon noble ami, dit la fée, coupant court au discours
teinté
d’humour du vieux chêne.
Epargne moi ce passage, je te
supplie de me révéler à
qui
appartiennent ces yeux, dont la bleuté splendide illumine la clarté
Ce ne sont là que divagations de jeune fée quelque peu
délurée ! répondit soudainement son ami feuillu. Hormis sa saveur et sa
pureté, il n’y a rien d’autre à la source qui puisse te convenir. Cet ami
fidèle, invisible qu’est le vent n’aurait point omis de me conter
les frasques et nouveautés peuplant cette vaste forêt.
Malgré ce ton qu’il aurait
souhaité plus convaincant, il comprit en jetant un regard furtif sur la fée que
celle ci avait su qu’il venait honteusement de lui mentir. Il se surprit à en
rougir, ce qui n’était guère de mise en cette saison.
Elle se tenait là, s’imposant
d’innocence, le défiant de ses yeux à persister dans cette voie. Infamie du
mensonge qui risquerait de briser à jamais ce lien solide qui pourtant les
unissait.
L’arbre se senti soudain bien
seul. Il soupira, comprenant qu’il se devait d’éclairer la fée et ce au prix de
sa propre souffrance qui, déjà, lui labourait les entrailles.
Le vieux chêne pris une
longue et puissante inspiration …incontournable nécessité de ce qu’il
s’apprêtait à faire. Il rassembla toutes ses forces et songea à sa mère, la
Terre, qu’il allait devoir blesser. Il implora son pardon et, dans un immense
fracas, il s’ouvrit subitement en deux.
La foret se fit soudainement
silencieuse, plus un bruit, plus un seul froissement d’ailes, la stupeur
gagnant les plus lointaines collines.
Le grand chêne, l’être
centenaire et majestueux vénéré par toutes les créatures de la
forêt était à terre.
Il gisait là au pied de
La fée s’en approcha d’un peu
plus près. Jamais elle n’avait connu ce sentiment de tristesse mêlé de joie
face à ce gisant magnifique. Le sacrifice de l’Immense fut l’ultime offrande au
salut de sa vie.
Elle sut ce qu’elle devait
faire et entreprit de dégager une par une, les branches. Elle ponctua
chacun de ses efforts par d’apaisantes paroles qui lui semblaient être de mise
vu les circonstances.
Ce ne fut que tard dans la
nuit, sous la lueur de la lune, qu’elle découvrit enfin le secret du vieux chêne.
Dans les sillons de son cœur, tel un chemin vallonné, était écrite son
histoire….
Laissant courir ses doigts
habiles sur l’écorce mise à vif, la fée découvrit que jadis, dans cette même
forêt et bien avant sa naissance, un noble et preux chevalier avait osé
troubler la quiétude du vieux chêne.
Las de moult combats et de
sangs trop versés, il s’était posé là, en quête de repos, implorant un refuge à
son âme abîmée.
Voyant cela d’un mauvais œil,
les platanes et les ormes firent courir la rumeur d’un danger imminent. Les
animaux s’enfuirent et le vieux chêne en fut rapidement averti. Il décida alors
de se rendre compte par lui-même du réel fondé de telles clameurs. C’est en son
nom qu’il décida de mettre à l’épreuve le chevalier. Il lui offrit l’ombre de ses
branches déployées les jours de forte chaleur. Il put ainsi l’observer à sa
guise.
Ce mélange de force pure et
d’innocence dont semblait être doté l’esprit de cet être guerrier,
intrigua le chêne au plus haut point. Il était différent des autres, cet homme
de l’autre monde, six lunes qu’il était là, à se fondre en douceur dans ce vert
paysage sans jamais bafouer les lois de
Il fallait trouver une
solution pour cet homme peu ordinaire. Il ne pouvait rester en ces lieux
enchanteurs. Le chevalier représentait l’intrus, l’étranger, emblème d’un
risque évident pour le peuple forêt.
Et ce fut par une nuit d’été,
de celle que l’on ne peut oublier, que le chêne se surprit à communier avec le
chevalier, aimant à le faire mais sachant à regret que cela déplairait
fortement à ses frères.
De ce partage de sens,
l’arbre comprit que l’âme de cet humain était bonne et sage. Mais il n’était
pas, hélas, pas à sa place en ces lieux et la grâce qui l’habitait ne lui
permettrait pas d’y survivre bien longtemps.
Ses yeux d’un bleu si clair
seraient vite brûlés au moindre écart de conduite d’une elfe un peu distraite.Le chêne ne put supporter cette image d’un
futur évident. Il fallait agir vite et cette pénible tache lui incombait
désormais. L’arbre décida de plonger en sommeil éternel le chevalier, ne
pouvant se résoudre à lui prendre
L’arbre avait pêché, aux plus
profonds de ses entrailles, il le savait. De ce merveilleux humain, il décida
en son cœur d’en conserver une trace. Le chêne s’appliqua à y graver son
souvenir, jurant que jamais et prenant à témoin le ciel étoilé, nul ne le
contraindrait à dévoiler son secret. Il avait protégé un homme et les hommes
faisaient peur... Ils étaient redoutés par le peuple foret … ils tuaient,
s’acharnant de pouvoirs sur les tronc les plus faibles, apportant la mort
de leurs armes aiguisées. Le chevalier était si différent, certes, mais il
était né de chair, et tel fut son fardeau.
Le temps fit son œuvre et les
saisons s’y succédèrent en affichant fièrement leurs palettes de
couleurs.
Puis, par un matin ensoleillé
de juillet, comme le fut les précédents, le vieux chêne assista à la naissance
d’une fée. Il fut saisi d’émerveillement comme à chaque fois, qu’il en
capturait le moment.
Instant magique de beauté
sublime, l’émergence d’une nouvelle vie…
Une vie qu’il savait déjà,
plus fragile que ses semblables, il jura de toujours
Elle n’avait pas de
père, ni de mère connu, elle était juste née au milieu de nul part, au pied de
ce grand chêne. Il devint sur-le-champ, la force et le réconfort, la
connaissance, le bouclier de la toute jeune fée.
Il rajeunit avec elle, la fée
était curieuse de tout, elle lui rappelait, parfois sans qu’il sache pourquoi,
un noble chevalier, lointain souvenir déjà….
De fines gouttelettes de rosées venaient de s’échapper en cascade de ses yeux, la fée du interrompre sa lecture. Une pluie divine qui en achevant sa danse, déposait sur ses lèvres un nectar sacré.
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Le crépitement soudain du feu de la cheminée fit sursauter la jeune femme, elle émergea doucement d’un rêve…
Elle était là, dans sa demeure, pressant contre son cœur, un vieux grimoire usé qu’elle venait de parcourir d’un bonheur sans nom.
Elle observa son monde d’un regard nouveau …au pied de sa chaise de paille, un représentant mâle de la gente féline s’étirait langoureusement. . A sa droite, reposant sur lit d’infortune, elle distingua parfaitement ce corps tant adoré, elle caressa de toute son âme cet homme qui dormait.
La jeune femme posa délicatement le grimoire sur
Elle frissonna….Bientôt, elle le savait, son
chevalier l’emportera dans des endroits merveilleux, il lui dira des mots
tendres, aussi bleu que ses yeux. Il lui contera comment de ses larmes de fées,
il revint à la vie, déposant son armure. Construisant
A régis
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Si le hasard d’un jour venait à faire en sorte que vous vous égariez dans l’une de ces forêts, prenez un temps de répit et écouter l’histoire du grand chêne. Si votre attention est à la hauteur de sa sagesse, sans doute saura t il écouter la votre ?
Sachez respecter son cœur que vous tenez dans vos mains
Un jour peut être qui sait, serez vous à sa place